Primerose
Gaston ARMAN DE CAILLAVET ; Robert DE FLERS
Résumé
La jeune Primerose, sitôt assurée de son propre amour, veut lever au plus tôt l'incertitude, et se déclare à Pierre par un billet parfaitement péremptoire. A cette déclaration, Pierre commence à répondre, quand une nouvelle brutale vient le couper dans son préambule. La banque d'Amérique où était déposée toute sa fortune vient de sauter ; le voilà forcé de s'expatrier pour quelques années ; le voilà sans doute ruiné. L'aveu qu'il allait prononcer s'arrête aussitôt. Il estime qu'il n'a plus le droit d'épouser Primerose, que son devoir est de trancher dans le vif, et quand la jeune fille lui demande : « Oui ou non, m'aimez-vous ? », il répond : « Je suis votre ami bien tendre, Primerose, mais je ne vous aime pas d'amour ». La dépêche fatale avait exagéré la situation et après liquidation de ses affaires, il est revenu d'Amérique très riche. Primerose, dans l'intervalle, est entrée dans une maison de la régie de Sainte-Claire. Pierre ne l'aimant pas, elle a vêtu la robe de bure et la cornette, et soigne les enfants malades à l'infirmerie du couvent. Elle n'a pas encore prononcé ces vœux définitifs. Primerose, bien que toujours amoureuse, se sent un peu trop pacifiée déjà par la règle et l'habitude monastiques ; elle se sent dépaysée dans une conversation d'amour. Rejetant ainsi jusqu'à l'idée d'un mariage possible, elle juge de son devoir d'adoucir la peine de Pierre, de lui faire entrevoir, après la guérison, une autre vie, peut-être un autre mariage, de parler et d'agir, en un mot, comme si tout amour était mort en elle, et pour toujours. Un fait nouveau est survenu. L'établissement des Clarisses a été fermé par mesure administrative. La jeune fille, sécularisée malgré elle, trouve asile chez Mme de Sermaize. Pierre est l'hôte assidu de la maison. Primerose est prisonnière d'un nouveau sentiment qui est un attachement, par point d'honneur, à la communauté dont elle est séparée malgré elle, un scrupule de fidélité et de solidarité, une peur de paraître profiter, pour son avantage personnel, de l'événement déplorable. Pierre est retenu par une sourde rancune. Les conseils charitables de Primerose l'ont piqué au vif ; il s'est efforcé de les prendre au sérieux et d'aménager autrement sa vie. Primerose, emportée par un mouvement de jalousie, provoque, involontairement, une explication, et comme ces amoureux sont toujours d'accord, il suffit de s'expliquer une bonne fois pour s'entendre, rien ne s'oppose plus à leur réunion. Ils se marieront donc, à la grande joie de la douairière, et au grand soulagement du cardinal qui, pour peu que le rapprochement eût tardé, allait s'atteler lui-même à la besogne.